Antoine Bonifaci (Nice et Inter Milan): "J'ai vécu une belle époque" (I)

Interview express d'Antoine Bonifaci, champion de France 1951 et 1952


Né le 4 septembre 1931, à Bezons (Val d’Oise), Antoine Bonifaci est l’un des premiers footballeurs français à évoluer à l’étranger. En 2021, il est dans sa 90e année. Je peux vous assurer que ce très grand monsieur ferait un consultant de premier ordre. Il a tout : intelligence, compétence et humour. Gentillesse en plus. Il me téléphone 2 fois par semaines depuis que mon père est mort. C’est vous dire sa délicatesse. L’entendre est une joie permanente. Niveau football, il a donné ses deux premiers titres à Nice. Je fais une interview express avec lui parce qu’il faut parler des joueurs de sa trempe qui ont écrit les belles pages de notre sport. Il vaut mieux passer du temps avec un vrai champion que voir jouer l’affligeant OGCNice de 2021. Parcours professionnel : 1950 -1953 OGCNice 1953 -1955 Inter Milan 1955 -1957 Bologne 1957 -1960 Torino 1960 - 1961 Lanerossi de Vicenze 1961 - 1963 Stade Français 1951 - 1953 France 12 sélections, 2 buts Palmarès:

Champion de France 1951 et 1952 avec l'OGC Nice

Coupe de France 1952 avec l'OGC Nice

Champion d'Italie 1954 avec l'Inter Milan

Champion d'Italie de Série B (D2) 1960 avec le Torino


-Bernard, dis-moi un peu ne suis-je pas le doyen des internationaux français ?

-Non, Antoine, à première vue, Dominique Colonna et François Remetter sont plus âgés que toi...

-Ah! bon, les deux gardiens sont plus vieux que moi ?

-Oui, ils sont de 1928...

-Je vais téléphoner chez Remetter.

-Tu aimes appeler tes anciens amis...

-Tu sais j'ai tous les téléphones. Hélas! à présent, il me faut appeler les veuves...

-Tu vois tous les matchs à la télé ?

-Oui, le plus possible. Les mieux sont les matchs anglais...

-Pourquoi as-tu joué si peu en équipe de France ?

-Les clubs italiens ne voulaient pas me prêter. Alors ils ont mis un assurance hors de prix. Voilà pourquoi je ne pas fait la Coupe du Monde 1958 alors que le sélectionneur voulait me faire jouer

-Tu es nostalgique ?

-De mes amis morts, oui. On a chacun son époque. La mienne était très belle. Je me suis régalé.

-Tu as toujours voulu être footballeur ?

-Aussi loin que je me retourne, je me vois avec un ballon. Je jouais toute la journée. Au début pieds nus, c'est ce qui m'a donné une bonne technique.

-A 19 ans, tu deviens champion de France avec Nice.19 ans...

- C'était naturel. J'ai aussi intégré l'équipe de France, avant Kopa.

-Tu jouais au milieu de terrain...

-Oui, je ratissais les ballons et les redonnais propres..

-Et l'Italie ?

-Quand j'avais 22 ans, les dirigeants de l'Inter Milan sont venus à Nice me chercher...

-Un gros transfert ?

-Oui, pour l'époque. J'ai fait une pub pour Coca-Cola. Pour me remercier, ils n'ont donné une caisse de bouteille. J'étais super content !

-Tu penses quoi des joueurs actuels ?

-Ils ont de la chance de jouer aujourd'hui, pour l'argent et aussi les équipements.

-Tu n'es pas lassé. Toujours la passion intacte ?

-Oui, j'ai passé ma vie à jouer au football. Je n'ai pas fait exprès... Je suis né ainsi. De 1935 à 1963, toujours un ballon avec moi. Même pendant la guerre. En 1939, j'avais 8 ans...

-Et des parents ?

-Ma mère ne comprenait rien au football mais elle m'accompagnait à pied de Bezons à Colombes pour voir les matchs. On y allait et revenait à pied... Elle aimait le football pour le côté festif dans les tribunes.

-Et ton père ?

-C'était un homme de lettres, tu le sais...

-...

-Il était facteur ! Quand il a été nommé à Nice, nous avons déménagé à Villefranche-sur-Mer. J'y suis toujours. C'est ici que tout a commencé...

-L'équipe de Nice aujourd'hui en 2021?

-Ils sont trop jeunes. Pas de joueurs d'expérience pour les encadrer... Ils se moquent bien de mon avis. Les gens me croient morts. A Nice, ils croient que le football a commencé en 1970. Ils parlent toujours des années 1970 mais ils n'ont rien gagné. Ils ont même fait un livre alors qu'avec mes amis on a tous gagné!

-C'est l'inconvénient d'être vieux... L'oubli des autres...

-Pas de tous. Toi tu sais. Notre amitié est sacrée. Cela ne te dérange pas que je t'appelle...

-Tu peux m'appeler la nuit si tu veux...

-Bernard, il ne faudra pas venir à mon enterrement. Là cela sera vraiment le moment de tomber dans l'indifférence.

-On est bien d'accord...

-J'ai demandé qu'on me mette le portable pour t'appeler !