Besson ( le vrai), le piéton de Nice

Le nouveau livre du plus Niçois des Parisiens doit vous accompagner dans les rues de Nissa la Bella.

Il y a trop de Besson : la regrettée athlète (Colette), le cinéaste pantagruélique (Luc), l’auteur (Philippe) et l’écrivain (Patrick qui les a déjà égrenés). Au départ de sa carrière dans le PAF, il a été médiatisé sur le fait qu’il écrivait à la fois à l’Humanité et au Figaro. C’était un remake médiatique de Philippe Sollers qui a répété mille fois qu’il a été lancé par Aragon et Mauriac, lancé comme une marque de lessive avant que Modiano ne le compare à Sacha Distel. N’est pas Raymond Radiguet qui veut. Sur ma liste bessonnième, je classe première la championne olympique 1968 du 400 m. Parce que c’était elle. Puis vient dans sa foulée, Patrick Besson parce qu’il ne m’ennuie jamais. Sa prose n’est pas soporifique. Il sait maintenir le lecteur en éveil. Il prend du plaisir à écrire, cela se perçoit, même dans les passages douloureux, et donc on reste suspendu sur sa ligne, celle où il se promène comme disait Paul Klee des songes. Sur son versant autobiographique, il a confié qu’il n’était pas désiré par sa mère. J’avais salué le courage de l’écrire. C’était à l’époque où il avait écrit qu’il n’aurait plus jamais de «papier» dans Lire vu qu’il avait éreinté son directeur d’alors: Pierre Assouline. Pour le démentir, j’avais fait une chronique élogieuse sur PB dans Lire. PA avait été heurté que j’écrive : «L’échappé de bidet… » J’ai expliqué que c’était dit sans le dire dans le bel ouvrage. Quand je lis, je lis. Autre lien avec PB : Peter Handke. J’aime PH, parce que c’est lui. On a aussi en commun, Pascal Servan, mon vieil ami autodidacte- et non motodidacte comme Christian Estrosi (qui pourrait penser à me donner un Aigle d'or, moi qui suit à 180e de Cauwelaert car je suis plus tendance Maradona qu'option Lloris- qui me fit loger chez Dalida, quand je n’étais pas chez Berl. Sevran qui me disait: "Il y a trop de femmes dans la vie de Besson ! Il est comme toi !" (Il disait ça sans penser à mes trois filles.) Et je peux ajouter G-M Benamou, là c’est plus tendu entre eux. Benamou qui m’a dit : «C’est toi qui fera les livres dans Globe Hebdo car je ne veux pas donner la rubrique à un mondain du Flore ou des Deux-Magots.» J’étais venu le voir pour un papier de temps en temps. Je suis reparti parisianisé. Ce que je n’ai jamais voulu faire étant un amateur parmi des professionnels. Tout ça pour vous dire que Besson est un écrivain dans un Landerneau des Lettres où paradent essentiellement des auteurs, plus prés de Ruquier et Cie que des éditions papiers Japon.

Venons-en au livre actuel : Nice-Ville. Besson le présente sous forme de flâneries. Au pluriel car elles sont incessantes. C’est la version niçoise du Piéton de Paris, du marcheur infatigable Léon-Paul Fargue qui fascinait Joseph Kessel, lui aussi très friand de Nice. Chacun son Nice. Celui de Besson n’a pas connu l’avenue de la Victoire, transformée en avenue Jean Médecin par son fils qui a fini marchand de t-shirts en Amsud. Triste sort : être foutu hors de sa ville par la clique socialo. Destin rabougri à force de vouloir faire de Nice un Las Végas à la soupe au pistou. Né au Mont-Boron en 1952, j’ai vécu vingt-cinq ans à Nice. Donc jusqu’en 1977. Mon Nice n’existe plus, à part le Vieux-Nice et le bord de mer. Mon Nice est désormais une ville mentale. Tous les magasins que j’aimais n’existent plus. Et je n’aime pas visiter les ruines. Pour rendre visite à mes parents, il faut que j’aille au cimetière de Caucade. Pour aller voir Louis Nucéra, il me faut aller à celui du Château. Mon amie Hélène Barale ne fait plus de farcis et de pissaladières, rue Beaumont. Elle a déguerpi, au propre et au figuré. Le libraire Rudin ne vend plus les Hussards, Drieu et Céline ce qui lui donnait une mauvaise publicité par les pionniers des bobos. Je ne peux même plus monter au Stade du Ray car ils me l’ont détruit. (Dans la prochaine édition, il faudra que PB retire Jean-Bouin pour le remplacer par Léo Lagrange, nom exact de l’ancien stade du quartier Saint Maurice que j’ai fréquenté sans relâche de 1959 à 1975). Mes derniers bons moments à Nice, je les ai passés avec César au cours Saleya, devant des beignets à la fleur de courgettes. Il aimait rire, et il aimait mon père qui tenait le bar familial au Col de Villefranche. Tout ça n’existe plus que dans mon esprit. Un sursis.

Le livre de Besson sur Nice est un bric-à-brac qui vaut toujours mieux que les guides illisibles. Ne pas être Niçois et aimer autant Nice que lui, cela relève de l’exploit. Il passe du coq à l’âne mais l’Aigle niçois est toujours là. Parfois, haut perché. Et c'est bien pour prendre de l'envol. Le plus souvent il déploie ses ailes sur la baie des Anges. A Paris, on dit toujours du mal de Nice réduite à la ville du Carnaval, à la salade niçoise, ou à la sombre période de la guerre des Casinos (ceux des jeux, pas les supermarchés), c’est dire le manque de respect dont elle est victime. Dans Paris Match : Nice, la ville de Denise Fabre. Dans Télérama : Nice, la ville de JMG Le Clézio. Dans l’œuvre de l’auteur du Procès verbal, Nice apparait en filigrane, surtout les rochers de Coco Beach, prés de la villa Orlamonde de Maeterlinck qui disait : «Voir sans être vu ». Le Clézio je l’ai abordé quand j’avais 17 ans et il m’a répondu en anglais pour m’éviter. Pas très engageant. C’était place Garibaldi. Je sortais de Nicéco, magasin aux abonés absents. Besson fait du bien à Nice, lui. On devrait le nommer ambassadeur, si le Comté existait encore. Mes « pays » LN et Max Gallo seraient contents. Besson, Parisien comme l’était Raoul Mille, autre Nissart de cœur. Il faut aussi saluer, l’autre grand parigot de Nice : Jean Vigo. Parfois, je regarde A propos de Nice, pour voir si dans un coin de l’écran je ne vais pas reconnaitre mes quatre grands-parents. Quand je veux aller à Nice, je ne prends pas le TGV ou l’avion, je vais dans ma cuisine pour y faire un pan-bagnat. Plus personne ne parle nissart. Mon cher André Cane, maçon et historien, n’est plus là non plus. Je suis obligé de parler nissart à voix haute pour l’entendre. C’est une vraie langue avec sa grammaire, et surtout pas un patois ou un dialecte local. J’espère que Besson (le vrai, le seul vrai depuis la mort de Colette qu’aimait tant Blondin) va recevoir le Prix Nice Baie des Anges. FOG «le Marseillais» n’a même pas besoin de dresser une liste, il doit faire son Yves Berger. Besson, point final. J'ai parlé une fois à PB, dans le jardin Albert 1er. Il était avec Beigbeder, mais ceci est une autre histoire. Mon père venait de mourir. C’était hier, et encore aujourd’hui. Un mort meurt tous les jours. Besson le sait, sinon il n’écrirait pas. Son livre sent le stylo, et pas l’ordinateur.


-Nice-Ville, Patrick Besson. Flammarion, 190 p., 19 €