Des livres recommandés

La photo est d'André Kertesz, maître de la photographie des rue.


C’est la rentrée littéraire, l’équivalent de la Quinzaine du blanc. Le monde de l’édition est content. Chaque secteur de l’économie a droit à son tour : après le Festival de Cannes et le Salon de l’Agriculture, voici la librairie mise en vedette. A quoi bon lire le nouveau Trucmuche qui pond des livres entre deux coupes de champagne et le service après-vente avec un chapeau grotesque. On remercie Handke, Le Clézio et Modiano de ne pas se prêter au jeu des dédicaces qui est un malentendu de plus : pouvez-vous signer «pour ma grand-mère», ainsi de suite. Fausse fraternité. La littérature est un plaisir solitaire, et non pas une partouze. Des gazetiers prédisent le Goncourt à telle remède contre l’amour. Cela fait penser à Robert Sabatier qui a dit : «On a donné Duras au Goncourt !» Le prix a été initialement créé pour faire découvrir, à un plus large public, un écrivain pas assez connu et donc pas beaucoup lu. Louable intention souvent bafouée. Il faut signaler que ce prix est aussi un enterrement de première classe. D’aucuns l’ont reçu comme une pelletée de terre sur leur cadavre. Allez fureter en librairie. Le sujet du livre est toujours au centre des chroniques littéraires. Peu importe le sujet, seul compte le style, le martellement des mots.


Moisson glanée ici et là et pas forcément des livres du dernier cri :


-Les Bourgeois de Calais, Michel Bernard. La Table Ronde, 195 p., 20 €. La littérature sur la corde raide de la simplicité avec une langue à la ligne claire. On y entend battre le cœur de Rodin. Du très grand art.


-L’arbre ou la maison, Azouz Begag. Julliard, 295 p., 18 €. La gravité sous le masque de l’humour. Ecrit à l’encre sympathique. Le choix du rire à la place des larmes.


-Joseph Fouché. Portrait d’un homme politique. Stefan Zweig. Traduction de Jacques Pollet. Les Belles Lettres, 290 p., 25, 90 €. Pour une fois, l’excellent biographe s’attaque à quelqu’un qu’il n’admire pas : un arriviste de la pire espèce, toujours du côté qui peut lui rapporter le plus.


-La dernière passion de Napoléon. La bibliothèque de Sainte-Hélène. Jacques Jourquin, Passés/ Composés, 330 p., 24 €. Frénétique lecteur, l’empereur lisait des romans (Cervantes), des poèmes (Virgile, Ovide, Homère), des livres d’Histoire, de géographie, d’Histoire Naturelle et bien sûr des ouvrages politiques, tous recensés. Un érudit tous azimuts.


-Le Mystère Mussolini, Maurizio Serra. Perrin, 460 p., 25 € . Dans son français impeccable, l’Italien du quai Conti raconte sa vision du dictateur italien qui parlait plusieurs langues. Pour mieux mentir.


-La France libérée (1944-1947), Michel Winock. Perrin, 398 p., 23 €. La paix revenue, une nuée d’artistes relève la culture qui était dans le caniveau.


- Lettres à Voltaire, Madame du Deffand. Rivages, 286 p., 8,70 €. Un amour platonique partagé.


-Au bistrot après minuit, et autres textes sur Paris, Joseph Roth. Traduit de l’allemand par Pierre Deshusses. Rivages, 100 p., 15 €. Les chagrins de l’Autrichien surnageaient dans l’alcool.


-J’ai eu au moins trois cent chats, Paul Morand. Les Cahiers Rouges/ Grasset. 170 p., 8,90 €. Des chroniques à dévorer. Un infréquentable, virtuose du français.


-Un jour, Maurice Genevoix. Plon, 201 p., 19 €. L’éloge de la nature et donc un hymne à la vie par un prosateur de grand calibre.


-Le Paris des écrivains américains (1919-1939), Ralph Schor. Perrin, 256 p., 19 €. La capitale au temps où elle était la plaque tournante de la littérature.


-Lettres à Jacques Doucet, André Breton. Edition Etienne-Alain Hubert. Gallimard, 267 p., 21 €. Les lettres prouvent que le poète était rémunéré par le couturier alors que les Surréalistes fulminaient contre Soupault parce qu’il était journaliste.


-Un monde de lettres. Les auteurs de la première NRF au miroir de leurs correspondances. Textes réunis par Robert Kopp et Peter Schnyder. Les cahiers de la NRF/ Gallimard, 507 p., 27 €. Une plongée dans la nappe phréatique de la littérature française. La vraie, pas les idioties commerciales en tête de gondoles.


-Gertrude Stein, Philippe Blanchon. Folio/ Biographies, 300 p., 9,70 €. La plus française des Américaines est iconique.


-Le mystérieux correspondant, et autres nouvelles retrouvées, Marcel Proust. Edition de Luc Fraisse. Folio, 200 p., 7, 50 €. Les textes du romancier débutant longtemps restés dans les tiroirs.


-La psychanalyse de Freud, Pierre Janet. Rivages, 212 p., 9,10 €. L’inspirateur des Champs magnétiques de Breton & Soupault. -Le diable sur la montagne, Thierry Lentz. Perrin, 306 p., 9 € . Imaginez Envoyé spécial dans le chalet d’Hitler élu et aimé par les Allemands de son temps. Les nazis ont inventé la médiatisation. A méditer. -La vie passionnée, Michel Peyramaure.Calmann-Lévy, 261 p., 19 €. La biographie de la poète racontée par son mari. Bel exercice de style par un romancier centenaire. - La comtesse de Ségur, Caroline Eliacheff. Ma vie avec/ Gallimard, 133 p., 14 €. Reprise de la collection de J-B Pontalis sans le dire. On y croise Françoise Giroud incognito. -Théâtre de ma vie, Myriam Boyer. Avec Hélène Rochette. Seuil, 187 p., 18 €. La vie en vrac de l’une des plus grandes comédiennes de sa génération. De la trempe des Signoret, Girardot. -Les vies de Chevrolet, Michel Layaz. Editions Zoé. La vie tambour battant du Suisse fondateur de la marque automobile. Un artiste pas intéressé par l’argent. Une tête-brûlée comme on n’en fait plus.


-Renault. Les mains noires, Benéteau & Lapasset. Le Lombard, 80 p., 16, 45 €. Philippe Soupault m’a dit sur son oncle : « Il a été servi deux fois par la chance qui s’appelait… la guerre ! » Une BD qui sort de l’ordinaire.