Paul Lasne, l'être d'un footballeur

Si Neymar avait écrit le livre de l'actuel joueur de Brest, il ferait les gros titres des JT de 20 h.


Formé à Bordeaux, Paul Lasne a joué à Ajaccio et à Montpellier avant de signer à Brest. Le milieu de terrain fut à bonne école avec son père (Laurent, récemment auteur de Lev Yachine, Un roman soviétique). Je ne peux pas vous parler de la maman car je ne la connais pas, mais ne doute pas qu’elle soit formidable, vu son fils. Au lieu de tourner en rond pendant le confinement, Paul Lasne a décidé d’écrire, ce qui prouve que créer est la meilleure façon d’occuper la solitude. Pas téméraire au point de se lancer dans un roman, il croque la vie autour de lui. Une suite de fragments sur le quotidien qui n’a rien à envier à Philippe Delerm, écrivain aimant le sport, le vrai pas le people. Paul Lasne redécouvre les plaisirs simples et surtout il sait les raconter avec des mots choisis, comme par exemple l’eau qui coule du robinet: tout le monde trouve cela normal mais c'est magique. Bergson parlait du progrès des commodités. Le soir, se saisir d’un livre devient une aventure de grand chemin. Il a une vision poétique de la vie - la seule qui soit intéressante. Son livre permet de faire connaissance avec son univers qui fait de lui le plus écrivain des footballeurs de L1. On peut le rapprocher du poète Francis Ponge - sauf quand il déraille en signant une pétition débile avec la racaille moderne - et aussi du peintre Matisse. Et du pointillisme de Seurat. Ses fragments tiennent du puzzle. S’il manque une pièce, patatras tout tombe, et chez lui ça tient debout. Un as de l’organisation. Ne joue-t-il pas milieu de terrain ? L’essai de Paul Lasne est réussi quand on songe à Socrate à vélo de Guillaume Martin, pensum illisible. Anquetil ne s’est jamais pris pour Bachelard. Le style de Paul Lasne ressemble à son jeu : pas de fioriture, il va à l’essentiel. Le bon geste au bon moment comme le bon mot quand il faut. Si Neymar était capable d’écrire comme Paul Lasne il serait dans la Pléiade ! Pourquoi les médias traditionnels ne parlent-ils que des ectoplasmes publicitaires ? Une certitude : ce livre est écrit à 100 % par son auteur alors que d’habitude les bouquins de footballeurs sont des torchons bâclés par un écrivain-fantôme qui veut palper sa pitance. Si Paul Lasne avait été sélectionné pour la Coupe du monde 2018, il serait champion du monde. Il est trop bien élevé pour faire scandale est attiré les projecteurs sur lui. La discrétion n’est pas à la mode. L’intelligence non plus. Et la sensibilité encore moins.

-MurMures, Paul Lasne. Ed. Le Tiers Livre, 125 p., 12 €