Pour "Le Monde" du 4 mai 1988, Monica Vitti était morte à 567 680 exemplaires.


L'actrice était une grande actrice des années 1960. Elle le reste et le restera.

Un jour, précisément le mardi 3 mai 1988 dans l'après-midi, j'achète Le Monde à Paris qui annonce en une : "La mort de Monica Vitti, l'interprète privilégiée d'Antonioni", nous indiquant la page 44 où l'on apprend que la "comédienne s'est donné la mort, le mardi 3 mai au matin". Non seulement morte, mais suicidée... Un article de Jacques Siclier nous résume la filmographie de celle qui incarnait "l'incommunicabilité, la difficulté d'être". Un encadré signé "C.G", facile à reconnaitre car c'était le critique dramatique. Les initiales, cela veut dire quoi: le papier est trop court pour le signer, ou je ne signe pas car je n'en sais trop rien ? Dans ces quelques lignes, écrites sans doute à la sauvette: "Monica a préféré quitter la vie, et nous n'avons pas su la retenir". Nous ? Personnellement, je n'y suis pour rien. Cette édition du journal était daté Mercredi 4 mai 1988 pour être vendu le lendemain en province. A Paris, le journal paraissait toujours avec la date du jour d'après.

Le Mercredi 4 mai, j'achetais à Paris , l'édition du jeudi 5 mai - vous me suivez !- à la même place de la une, on pouvait lire: "La fausse mort de Monica Vitti. D'un communiqué trompeur à une gerbe de roses...", nous indiquant encore la page 44, soit la dernière. Cette fois, on y trouve un encadré signé D.H - décidément c'est une manie - en fait la critique cinématographique très connue du Tout Paris. On peut lire: "D'abord le soulagement. Ensuite la honte." C'est très bien dit.

Vendredi 4 février 2022, Le Monde annonça en une: "Monica Vitti, disparition d'une icône du cinéma italien". Voir page 25. Là, c'est vrai ! Une page entière lui est consacrée. On peut y lire: "Antonioni a dit qu'elle avait "le visage de l'angoisse". Pourtant, le journal publie une photo d'elle où elle éclate de rire.

Bien sûr pas un mot sur les éditions de 1988. La presse comme la justice n'aime par reconnaître ses erreurs. (Sur le net, on en trouve des traces...)

Le plus incroyable c'est que d'une certaine façon, le journal avait anticipé la mort professionnelle de la comédienne qui n'a plus tourné à partir de 1990 car elle était tombée gravement malade.