Et pendant ce temps, la mort continue

Philippe Soupault était à Londres quand les Nazis bombardaient la capitale anglaise. La lecture du poème qu'il a écrit est faite par lui-même. Pour lire un poème, il faut rester le plus neutre possible, disait-il. Ne pas en rajouter comme les comédiens qui surjouent car ils n'ont rien à dire, à part utiliser les mots des autres. Si un comédien n'en fait pas des tonnes, il a l'impression de ne rien faire.

La mort continue pendant que le XV de France remporte le Tournoi des Six Nations...

Même en temps de paix, elle continue. Il y a toujours un lépreux pour m'empêcher d'être heureux, disait Camus.

La mort continue mais le showbiz est de retour sur nos écrans. La pandémie avait quelque chose de bénéfique: elle avait chassé les intermittents du talent (en dehors de preneurs de sons, des ingénieurs de la lumière, etc...) de nos écrans. Ils sont de retour, comme si nous ne pouvions pas vivre sans eux. Ils peuvent enchaîner quatre émissions, dire la même chose, sans aucune conscience du ridicule. Pour eux dire ce qu'ils ont fait et plus important que ce qu'ils sont fait. Degré zéro de la création.

Il y a aussi les donneurs de leçons, ceux qui savent tout, qui nous disent qu'après le massacre il y aurait les procès. Ce sera toujours trop tard.

A la télévision, ils nous montrent des immeubles rasés et puis, ils disent: 10 morts.

10 morts ou 100, 500 morts. Je ne connais pas d'immeuble avec 10 habitants.

Les envoyés spéciaux sont des Kessel d'opérette. Ont-ils avec eux leur(s) Tupperware ?

On comprend mieux pourquoi Hitler a pu faire ce qu'il a pu faire. Il fallait le laisser faire pour éviter la guerre, ont-ils dit. On a vu le résultat. Aujourd'hui, il y a les bombes chimiques. On peut tuer tous les habitants de Paris et ses environs sont casser une seule statue du Louvre.

Bien sûr, si Paris est attaquée, Moscou sera rasée de la surface la terre dans la même journée. Alors on attaque ailleurs.

La mort continue et la campagne électorale aussi. Il y a une sacrée brochettes de rigolos tragiques. L'un deux a tout d'un dictateur: les yeux, la voix, la bouche, le sourire carnassier. Il ne parle pas, il aboie. Est-ce le visage de la France 2022 ? Cela serait la démagogie au pouvoir. Un autre ressemble à un oiseau déplumé. Une autre a le visage comme s'il était sorti du musée Grévin. Une autre parle comme un robot. Un autre imite Michel Galabru. Une autre n'est pas invitée dans des émissions d'animateurs vedettes parce qu'elle est finalement trop sympathique, doivent-ils penser. Il est évident que celui qui a fait vieillir de 50 ans tous les politicards en place est loin devant. La question qui importe, ce n'est pas celui qui est le prochain président mais qui sera celui élu dans cinq ans. Il faudra en trouver un ou une autre qui ne soit pas parmi les prochains recalés.

Pour ce qui est de la guerre tout est dans Shakespeare. Pour ce qui est des armes tout est dans Edward Bond, toujours vivant. S'il faudrait entendre quelqu'un c'est bien lui.

Nous on subit. A la fois, les bombes qui tombent ailleurs sur des gens qui sont nous sans être nous. Et on subit aussi les écrans publicitaires entre deux reportages sur des femmes qui pleurent. Des images qui sentent 1939-1945. Ils disent : les images montrent... mais il n'est pas question d'images, il s'agit de nos semblables. Les camps de concentration ne sont pas des images.

Celui qui active la mort est dans son palais avec ses militaires qui le regardent respirer car il les a nommés.

La mort continue mais la vie aussi.

Pas hélas! ni heureusement.