Jean-Paul de Beauvoir et Simone Sartre


Lundi 24 mai 2021

L’aventure d’être soi, de Fabrice Gardel et Mathieu Weschler.

Chaîne TV Public/ Senat 22 h ou ci-dessus


Ce documentaire fait l’impasse sur la zone d’ombre de Simone de Beauvoir. Elle a travaillé à Radio Vichy, la radio d’Etat des Vichystes. Pour des émissions sur la chanson. Il fallait gagner sa vie. Le documentaire n’en dit pas un mot, et même pire : «Simone de Beauvoir n’a aucune sympathie pour le régime de Vichy» dit le commentaire. Cela fait penser aux photos du Kremlin, on enlève le visage qui dérange, ou on a rajoute un, au besoin. D’autres séquences de sa biographie sont mieux traitées même si pas assez approfondies: «Aucun engagement dans la Résistance, pas d’action ». Tout le monde n’a pas le courage de Jean Prévost, tombé sous les balles ennemies.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, le duo Sartre-de Beauvoir s’amusait au Flore. Leur carrière passait avant la France. Carrières au pluriel. Tous les deux ont publié sous l’Occupation. Ce qui est une triste référence. Camus, aussi, hélas ! C'est-à-dire qu'ils ont accepté que l'on joue leur pièce sans aucun Juif dans le spectacle joué dans des salles dont les premiers rangs étaient réservés aux nazis, à la gestapo, aux collabos.

En 1933, Sartre et de Beauvoir sont à Berlin, sans être choqués par la présence nazie. Pendant ce temps, Philippe Soupault annonçait le pire à venir dans L’Excelsior. Le documentaire ne dit pas un mot sur la condamnation de Simone de Beauvoir qui usait de son pouvoir de professeur pour attirer dans son lit des étudiantes. Elle avait le sens du partage avec Sartre. Sartre-de Beauvoir ne voulaient pas d’enfants mais la chair fraîche ne les laissait pas de marbre. Leur thèse amour nécessaire- le leur- et amours parallèles, cela fait sourire.

Ces deux grands bourgeois n’ont pas révélé les crimes communistes. On est de gauche ou pas. Le documentaire ne fait pas l’économie de cette vision lamentable de la politique. Les auteurs insistent beaucoup sur la bisexualité mais Colette était déjà passée par là, et il n’y a pas photo entre les deux : Colette est un très grand écrivain. De Beauvoir, un simple auteur surtout doué pour la médiatisation à outrance. Il faut lui reconnaître son combat au niveau des études. Quand elle était jeune, l’Ecole Normale Supérieure était interdite aux femmes. Une honte nationale ! Malgré cet handicap, elle est 2e à l’agrégation, derrière Sartre, 1er. Là, elle marque son temps, son territoire. Fabuleux ! On dit bravo à sa force de travail. Cependant tout ce qui tient à la contraception et à l’IVG, elle a moins fait que Madame Evelyne Sullerot qui n’a jamais dit des énormités comme : c’est la société qui pousse les femmes à être hétérosexuelle et à devenir des reproductrices.

Simone de Beauvoir voyait le monde sous l’aspect binaire : gauche/ droite, femme/ homme, riches/ pauvres… ainsi de suite. Elle voulait que les femmes soient indépendantes financièrement. Très bien ! Bravo ! Elle voulait s’éloigner du cliché, la bobonne à son bonhomme mais quand elle est sous le charme de Nelson Algren ce fut comme si elle chantait « Mon homme à moi ». Le documentaire dit qu’elle fondit en larmes dans l’avion qui la ramenait en France, loin de son amant. Comment le prouver ? Le commentateur était- il dans l’avion ? A 7 ans, elle aurait dit à une femme qui la félicitait pour avoir de si beaux mollets : « Je ne suis pas un corps, je suis moi ». Y avait-il un micro pour l’interroger à cet âge-là ? Simone de Beauvoir mérite mieux que des documentaires hagiographiques. Il faut tout dire. Lutter contre le déterminisme qui enferme dans un rôle c’est salutaire, mais tout jeter pour dire il n’y a que moi qui sait comment il faut faire pour vivre, non. «Nous savons tout du vagin de la patronne des Temps Modernes » a dit François Mauriac qui lui n'a pas pipé un mot sur son attirance pour les garçons. Simone de Beauvoir aurait pu rétorquer : «On ne sait pas tout de la bite de l’académicien », et elle aurait eu raison !