Marine comme Tonton en 1981 ?

Avant 2022, on sent un frémissement Marine Le Pen comme on sentait un frémissement François Mitterrand avant 1981. Si elle est élue, le retournement de veste va se densifier.


La campagne présidentielle est déjà ouverte. Il en va ainsi depuis que le régime présidentiel est passé de sept à cinq ans.

Dans le pays, on sent qu'il y a un courant pro Le Pen, comme si elle était la solution finale ! Sur les écrans, on voit de plus en plus des Le Pen light. Ils se fondent dans le paysage, dans la grisaille ambiante. Plus besoin de muselière subliminale. Leur langage est sous contrôle. Cela sent la "com" ultra maîtrisée. Etre RN devient tendance. Après la vague rose, va-t-on voir la vague noire? Des sondages annoncent que des voix de gauche vont prendre le bulletin RN sans pince à linge sur le nez. Faux pronostic comme il y a eu erreur de pronostic sur Balladur et DSK ? Le Pen... marine depuis longtemps aux portes de l'Elysée, comme le fit jadis Mitterrand. Les vrais gagnants savent perdre, à l'inverse de Jospin qui a pris la poudre d'escampette dès qu'il a pris une veste élyséenne.

Les bulletins de vote de Marine Le Pen sont comme les disques de Mireille Mathieu. A un moment donné, la chanteuse était en France la plus grande vendeuse de disques mais si l'on tendait un micro aux passants dans la rue, personne n'achetait ses disques. Le public avait honte de dire oui parce que cela faisait ringard.

Un journaliste télé vient d' enfiler la casaque FN rebaptisé RN. Il est allé sur les plateaux faire son "coming out", comme ils disent, expression d'habitude réservée à "l'orientation sexuelle" comme ils disent encore.

On avait déjà vu un avocat médiatique suivre le même chemin.

Un comédien second couteau, aussi.

Et aussi un politicien BCBG s'allier à elle puis se rétracter après le verdict des urnes.

Si Marine Le Pen est élue, il faudra bien qu'elle nomme un premier ministre, puis ensemble ils feront un gouvernement. Avec qui ? Bien sûr sa garde rapprochée sera aux premières loges. Il est certain qu'en coulisses, les tractations doivent aller à bon train avec une large ouverture de compas.

Robert Ménard, ministre de l'Intérieur ?

Thierry Mariani, aux affaires étrangères ?

Eric Zemmour, à l'éducation nationale ?

Renaud Camus, à la culture ?

Il est évident que beaucoup de politiciens de métier dits de droite traditionnelle vont tourner leur veste publiquement. Le pouvoir se prend et ne se donne pas. D'autres venus d'horizons différents vont aussi virer de bord.

Nous avons eu déjà au pouvoir la gauche, les socialistes, les communistes.

L'extrême-droite n'a connu que le consternant épisode vichyste de sinistre mémoire.

Une grande partie de l'électorat est en train de se dire: tout a été essayé sauf le Pen, alors pourquoi pas puisque la fille a dédiabolisé le parti que son père diabolisait parce qu'il ne voulait pas aller à l'Elysée. Sa fille, elle veut y aller. On se moque souvent d'elle, comme si elle appartenait à une sorte de famille Grimaldi made in France. C'est ne pas tenir compte des Poniatowski, Giscard, Mitterrand, Delors, et j'en passe.

Les points forts de Marine Le Pen ? Les différents gouvernements, droite et gauche, ont détruit la police et l'hôpital public. On pourrait allonger la liste.

Le président en place sent trop l'ENA.

Deux régents du PAF, Drucker et Ruquier, vis-à-vis de la fille, comme Anne Sinclair par rapport au père, boycottent Le Pen de peur de leur faire encore plus de publicité. Drucker ne s'imagine pas être en position d'attaché de presse de Marine Le Pen comme il l'est pour la femme de Sarkozy - la dernière- ou je ne sais qui. Drucker a dit que si Jospin était venu sur son fauteuil rouge il aurait été au second tour des présidentielles au lieu de se faire valdinguer par Le Pen père.

Le people est capital en politique, il permet de faire voter ceux qui ne voulaient pas voter pour vous. Ne pas inviter Marine Le Pen cela équivaut à de la censure. On ne peut pas ignorer une personnalité aussi présente dans le paysage politique, surtout quand on convoque sur le plateau des politiciens qui font très peu de voix. On n'invite que les gens que l'on aime, sous-entendu: cela ne tient pas la route. La vraie vérité c'est qu'ils ne veulent pas qu'elle gagne encore plus de voix parce qu'elle en gagnerait plus dans une émission de talk-show où l'on parle de chats, ainsi de suite. Les âneries habituelles. Jadis, Ardisson a invité Marine le Pen, en demandant qu'on ne l'applaudisse pas. Traitement de défaveur.

Si Marine Le Pen est élue, va-t-elle pratiquer la chasse aux sorcières, et évincer du service public ceux qui l'ont traitée en pestiférée ? Pour l'instant, elle est interdite des émissions de propagande commerciale (livres, disques, politiques...) sur le service public parce que ceux qui tirent les ficelles de la communication bobo ne veulent pas servir de mégaphone à la fille du manoir de Montretout, à Saint-Cloud.

Le programme politique de Le Pen ? Pas important. Il est comme celui des autres, à deux ou trois différences près. On dit que l'élection présidentielle est celle d'une personne et non d'un parti.

Les deux grands thèmes seront: sécurité, immigration.

Chômage ? Le C-19 est le responsable. Donc pas possible d'aller sur ce terrain.

Cela va se jouer sur une petite phrase, comme d'habitude. Un geste mal placé peut avoir des conséquences définitives. Un regard méchant, peut tout faire basculer. Le meilleur comédien, ou la meilleurs comédienne, sera élu(e). Tout un art de la prestidigitation médiatique.

Les opposants vont dire: avec Le Pen c'est la haine de l'autre au programme, sauf qu'elle est déjà présente dans la France de Macron, comme elle l'était déjà sous Sarkozy et Hollande.

Sous le Pen, il y aura autant de faits-divers.

Et en plus ne pas oublier quand politique certains sont capables d'organiser des drames pour faire croire qu'il a été commis par le camp opposé.

Chirac avait refusé le débat avec Le Pen père. Il savait qu'il avait tout à perdre à débattre avec ce candidat pas comme les autres. Niveau dialectique, il aurait été mis K.O.

Macron serait très audacieux s'il imitait Chirac alors qu'il fait tout pour affronter la fille Le Pen au second tour des présidentielles. Pourtant, c'est la première fois que cela ne garantit pas le fauteuil élyséen. En 2022, il va y avoir photo-finish !

J'ai grandi sous le Gaullisme. 1968 a mis dehors le chef de la France Libre.

Il y a eu de gros progrès dans la société: la place des femmes, la contraception...

Le fiasco reste l'épisode suivant la fin de la guerre froide capitalisme-communisme.

Les régents du PAF ont trouvé un nouvel os: l'islamisme.

C'est devenu l'épouvantail qui s'est mis à marcher.

En 1981, on rêvait d'une société apaisée, sans domination des riches sur les pauvres. Il y avait "Touche pas à mon pote", association lancée à la télévision par Simone Signoret. Harlem Désir ? Un nom qui faisait rêver.

En 2021, on ne rêve plus. On peut mourir à chaque coin de rue.

En 2022, les électeurs vont-ils élire Marine Le Pen, faisant d'une pierre deux coups: élire l'extrême-droite et une femme ?

Macron- et son slogan: "Les gens qui ne sont rien"- peut-il conserver son poste de locataire de l'Elysée ? Peut-on élire quelqu'un qui laisse l'un des siens dire à télévision après un nouvel attentat: "Il y en aura d'autres..." au lieu de dire: "On fera tout pour les empêcher de tuer" ? On gouverne aussi avec des mots.

Peut-on penser sérieusement que Marine Le Pen va rendre la France sans attentat terroriste ? Qu'elle va rendre le pays aux Français ? Sachant qu'un étranger naturalisé français peut être plus patriote qu'un français de souche.

Un(e) troisième candidat (e) peut-il(elle) coiffer sur le poteau le duo annoncé ? Un(e) candidat(e) qui serait un vrai homme- ou femme- d'Etat, attaché(e) aux biens publics pour servir le pays sans penser à sa carrière. Sur plus de 67 millions d'habitants, existe-t-il(elle) ?

Je connais la différence entre la France de ma naissance et celle d'aujourd'hui: nous sommes passés de 42 millions à 67. Chacun doit trouver sa place.