Les ricochets des livres signés par Hanna Arendt et Oswald Spengler


Le Cahier de L’Herne consacré à Hannah Arendt (1906-1975) vaut le détour, à l’inverse de Légende, magazine sur Brigitte Bardot, qui fait la part belle à des bien placés dans le PAF intello qui la méprisent en fait pour ses prises de position contre la pensée unique. Quel monde d’hypocrites ! Le mieux pour parler de B.B. serait Jean Cau – ou François Chalais- mais en aucun cas les marionnettes du courant bien-pensant. Hélas ! ils sont morts. Place au sans talent! Certains de ces gens mettent Simone de Beauvoir au-dessus de Bardot. Pas moi. Bardot a montré la voie de la liberté, ne portant jamais de masque, ce qui est un exploit quand on est une comédienne. Fermons la parenthèse.« Dans le vide de la pensée s’inscrit le mal » dit le bandeau du Cahier de l’Herne. Oui, la bêtise fait des ravages. Il suffit d’ouvrir les yeux autour de nous, alors imaginez dans les années 1930 et 1940... Les fascistes utilisent toujours les problèmes non résolus afin de s’alimenter du malaise de la société. En 2021, comme sous Hitler ou Staline. Annah Arendt a passé sa vie on nous le faire comprendre. Comme Georges Orwell, la visionnaire s’inquiétait, à la fin de sa vie - hier, en 1975- parce qu’elle sentait que les machines prenaient trop d’importance surtout celles qui sont des cerveaux artificiels. En 1933, la Juive allemande est venue, sans papiers d'identité, à Paris pour y rester jusqu’en 1941. Auprès des organisations sionistes, elle prépare les jeunes à l’immigration en Palestine. Si elle apprend l’hébreu, elle reste très attachée à la culture allemande qui lui a donné sa langue maternelle, sa manière de vivre et de penser. Hanna Arendt a toujours réfléchi en allemand. Beaucoup sont encore surpris par sa relation avec Heidegger qui était son professeur, d’où l’admiration. Heidegger ? Le philosophe a dit qu’il était devenu nazi par commodité. Quelle lâcheté ! Incapable d’assumer, il sous-entend qu’il était nazi pour pouvoir manger. On a les héros que l’on mérite, et aussi les minables.

Arrêtée au moment de la rafle du Vel’d’Hiv puis conduite au camp de Gurs (Pyrénées orientales), elle parvient à s’évader pour fuir aux Etats-Unis. Dix ans après, en 1951, elle publie Les origines du totalitarisme. Deux ans auparavant, elle était revenue en Allemagne, sans nostalgie. Elle est cependant très contente d’entendre parler de nouveau plein de gens parler en allemand. Hanna Harendt se considère telle une perpétuelle exilée. En fait partout, elle est chez elle.

Dans ses écrits, elle consacre des pages sur l’amitié : « Dans l’amitié, le plus important c’est la fidélité à l’ami, laquelle est par conséquence tout à fait opposée à la liberté de l’amour. Lorsque l’amitié exige le fait d’être ensemble comme dans la quotidienneté du mariage ou de l’amour, elle va à sa perte ». Beau paradoxe puisqu'elle dit que l'amitié réclame la permanence tout en se méfiant de la présence constante. Finesse de la pensée. Justesse.

Le déclin de l’occident, d’ Oswald Spengler (1880-1936), dont m’a parlé tant et tant de fois Emmanuel Berl a été commencé dès 1912. A cette date, l’auteur avait déjà trouvé le titre de son ouvrage dont les deux tomes sont parus en 1918 (pour le premier) et 1922 (pour le second): Spengler est un aussi un prophète, puisque deux guerres mondiales allaient suivre. Pourtant son pays, l’Allemagne, régnait sans partage dès qu’un conflit survenait : 1813, 1815, 1864, 1866 et 1871. Oswald Spengler n’est pas un historien de formation, malgré tout son savoir. Professeur atypique, il avait plusieurs domaines d’intérêt : mathématiques, physique, chimie, zoologie et botanique. Il nous apprend que chaque civilisation est vivante. On le savait. Elle est même mortelle nous a signalé Paul Valéry. Spengler était nationaliste et même patriote, si l’on est plus conciliant avec lui. Pas du tout antisémite quand c’était la mode de l’être. Pour les nazis il n’était pas une référence. Faut-il le lire en 2021 ? Oui, et même le relire. Lire des livres idiots ne sert à rien. Le préfacier, Johann Chapoutot, tranche avec les habituels paillassons littéraires. Il a la dent dure et écrit avec des sous-entendus faciles à décoder. Voilà sa pensée en 2021 : « A l’heure où fâcheux et fascistes se bousculent sur les plateaux de télévision et prennent d’assaut, parfois physiquement, les institutions, font vaciller les démocraties . » Par fachos, on espère qu’il entend aussi l’extrême gauche. Il précise : «N’y a-t-il pas assez de réactionnaires, de mécontemporains ( …) tel pseudo-philosophe polygraphe ou tel journaliste vaticinant la déliquescence des valeurs ?». Il est facile de reconnaître Zemmour - Philippe Henriot d’opérette de Francis Lopez-, Finkielkraut, Onfray et tous les animateurs d'un talk-show sur l'actualité. Précisons que Spengler n’était pas un démocrate. Il voulait la chute de la République de Weimar pour installer une dictature sans adhérer une seconde à Hitler. Il aimait mieux… Mussolini ! Spengler meurt en 1936. Crise cardiaque, mais l’assassinat politique n’est pas écarté. Il voulait que les acquis du passé ne soient pas massacrés par l’économie qui ne pensent qu’au profit. Il ne se faisait pas une haute idée du XXe siècle. La mondialisation n’était pas de son goût. Pendant longtemps, il s’est occupé du fonds Nietzsche. Avec lui, il était en pays de connaissances. En 2021, on perçoit les relents de ce qu'il analyse.



-Hanna Arendt. Cahier de L’Herne, dirigé par Martine Leibovici et Aurore Mréjean. 312 p., 33 €.

-A propos de l’affaire Eichmann, Karl Jaspers, Hannah Arendt et Alexander Mitscherlich. L’Herne, 112 p., 7,50 €.


-Le déclin de l’occident, Oswald Spengler. Traduit de l’allemand par Mohand Tazerout. Avant-propos de Johann Chapoutot. Tel/ Gallimard. 2 volumes sous coffret, 1128 p., 29, 90 €