L'instrumentalisation du football, d'Albert Lebrun à E. Macron

Les politiciens se servent du football et du sport en général dés lors que ça peut leur rapporter gros. On n'a jamais vu un président de la République supporter un club de L2 ou de Nationale.. Dans la défaite, il n'y a plus personne ! Salut la compagnie ! Avant l'Euro on n'a vu que de la communication, du baratin. Pas une seule séquence de football, rien que du Canada Dry. Seule la compétition peut nous en montrer et ce n'est pas certain. Parmi les politiciens et le sport, Charles de Gaulle s'est là aussi mis au-dessus de la mêlée. Au fonctionnaire qui lui a dit quand il a remis la Légion d'Honneur à Jacques Anquetil: "Attention, c'est un dopé... ", le président a rétorqué: "Il a fait retentir La Marseillaise oui ou non !" Des Charles de Gaulle, il n'y en a un qu'un. Aussi rare qu'un Anquetil.

Qui n'a pas vu Jacques Chirac faire semblant d'hurler le nom des joueurs ne sait pas encore ce qu'est le mensonge politique. Il en faut de l'aplomb pour mentir autant. Le ridicule ne fait pas peur aux politiciens qui y pataugent comme des porcs dans la fange de la basse-cour. Et ce n'est pas gentil pour les porcs de dire cela.

Autre exemple: François Hollande ( fan de Monaco, lui qui n'aime pas les riches) qui s'est permis de dire que les footballeurs étaient grosso modo des «gosses mal éduqués» qui devraient pratiquer la «musculation du cerveau». Il s'est pris pour Aimé Jacquet apostrophant Robert Pires a propos du jeu. Là, je parle de présidents de la République en exercice. Hollande - dit "Pays-Bas" et même très bas- s'était aussi autorisé de dire que "Benzema moralement n'était pas exemple" lorsque le joueur du Real Madrid n'était plus sélectionné en équipe de France. Et un locataire de l'Elysée qui se fait accompagner en scooter pour aller sa nouvelle maitresse est-ce un exemple ? Là il était plus près de Félix Faure et que du général de Gaulle.

Les politiciens prennent tout le temps le sport en otage dès qu'ils peuvent en tirer du bénéfice.

En France, on a vu Albert Lebrun, alors président de la République, sourire quand il a remis la Coupe du monde Jules Rimet au capitaine italien Guiseppe Meazza qui fait aussitôt le salut fasciste dit à l'italienne et même à la romaine. Déjà sacré quatre ans plus tôt, le buteur de la Squadra était la fierté de Mussolini qui utilisa le football à des fins politiques, comme Hitler utilisa les J.O. de Berlin 1936, propagande pour le nazisme. Il ne faut jamais oublier que la médiatisation à outrance est fasciste même en démocratie, elle veut dire tout pour moi et rien pour les autres. Hitler est le premier chef politique suivi en permanence par une caméra, stratégie mise au point pas Goebbels, le Ségala du Führer ! En 1938, la FIFA n'a pas dit un mot sur la grande équipe d'Autriche interdite d'existence depuis l'annexion de l'Autriche absorbée par Hitler. Rien, silence radio. Circulez !

En 1998, on a vu Chirac et Jospin déguisés avec le maillot de l'EDF. Pas la même classe que Nelson Mandela qui portait le maillot de l'AfSud avec l'élégance d'un porteur de smoking qui ne ressemble pas à une pie ou pire encore à un pingouin. Mandela s'est aussi servi du sport (rugby), mais lui de la plus belle des façons, de la plus intelligente. Il a dit que les Noirs ne devaient pas être aussi bêtes et méchants que les Blancs, et qu'il ne fallait pas alors que les Noirs fassent aux Blancs ce que les Blancs ont fait aux Noirs, (et hélas ! font encore). Mandela reste le nec plus ultra des politiciens. Il a oeuvré pour que les Noirs et Blancs s'unissent. Un bienfaiteur de l'Humanité.

Nicolas Sarkozy, avec tous ses défauts, n'est pas suspecté de faire semblant d'aimer le football, supporter déclaré du PSG depuis des années. Manuel Vals, lui, est plus ambigu: il s'est servi de sa fonction pour aller voir jouer le Barça, avec ses enfants, aux frais de la princesse avant de faire machine arrière et de payer les frais. On sait que l'ancien premier ministre n'hésite pas entre le PSG et le FC Barcelone. Et entre les Bleus et la Roja ? Moi-même quand il y a France-Italie je ne peux pas être contre l'Italie, cela serait renier mes quatre grands-parents. Impossible.

Pour coller à l'actualité, j'ai entendu sur RMC, un transfuge de Radio France, dire que le "président turc instrumentalisé" la politique. Et Emmanuel Macron (fan de l'OM) qui va saluer l'EDF avec plein de caméras avant le début de l'Euro 2020, disputé en 2021, cela s'appelle comment ? Sur Benzema, l'actuel locataire de l'Elysée a dit:

-«Je pense que Karim Benzema représente, après des moments tendus, un modèle de réussite. Il fait partie de ces modèles dans les quartiers. Il a mûri, le sélectionneur a fait le bon choix pour l'équipe de France et la nation. On peut évoluer sur les choix, parce que la personne mûrit, corrige ses défauts, je pense que Karim Benzema a évolué à tous ces niveaux. Je n'aspire qu'à une chose, qu'il écrive la page de l'immense joueur qu'il est en équipe de France. Dans la vie, on peut faire des erreurs, il n'y a jamais rien de rédhibitoire quand on essaie de changer les choses. Son retour, de part et d'autre, est l'illustration d'une grande forme d'intelligence. »

Le retour de Benzema en sélection, après presque six ans d'absence, c'est du jamais vu ! Un retour qui veut dire aux français d'origine algérienne: vous voyez on vous aime, alors votez pour moi ! D'abord aux élections régionales, fin juin 2021, ensuite aux présidentielles. Et celui qui vient de le gifler aurait-il droit au pardon ? Macron espère que l'EDF ne prendra pas une claque à l'Euro. Ce qui est arrivé à Macron appartient au risque du métier. Aujourd'hui, les chefs d'Etat de pays dits développés sont ultras sécurisés. Une gifle c'est quoi, à côté des assassinats des frères Kennedy ? Et en face de tous les attentats contre Charles de Gaulle lors de sa présidence... Cette gifle a tout de suite était instrumentalisée. L'auteur devenant un sous-marin des infréquentables, style électeurs de Mélenchon ou du RN. Parmi ceux qui ont condamné le geste- qui pourrait ne pas condamner un tel coup d'épée dans l'eau médiatique ?- il y en a qui n'ont pas dit un mot quand on a mis la tête d'E. Macron sur un pic comme sous la Révolution, et qui ont encore moins dit quand dans certaines manifestations on a piétiné un mannequin à son effigie. La symbolique n'est pas moins violente que le réel, surtout en politique. Le gifleur sous les caméras va faire de la taule quand des agresseurs qui s'en prennent à des inconnus dorment chez eux le soir même de leur dérapage, souvent chronique. Justice à deux vitesses. Et un père qui gifle sa fille est-il incarcéré ? Et tel professeur qui met une tarte à un lycéen turbulent ? La gifle contre le président en exercice est aussi condamnable que le "Casse toi pauv'con !" d'un autre président destiné visiblement à quelqu'un qui ne votait pas pour lui. La gifle, l'insulte, cela raconte l'époque. Il est bien dommage que le fascisme de la vulgarité ne rende pas des comptes devant les tribunaux. Emmanuel Macron n'est pas plus distingué que N. Sarkozy quand il dit dans un lieu bondé d'internautes aux dents qui rayent le plancher : « Une gare, c’est un lieu où on croise des gens qui réussissent et des gens qui ne sont rien » . Chassez le naturel, il revient au galop. Ici il s'agit du mépris de caste entre celui qui a de l'argent et les autres. La vraie pornographie - selon Gombrowicz- c'est de parler de cette façon. Le Pape Jean-Paul II a rencontré celui qui a voulu le supprimer. Il est vrai que nous ne sommes pas dans la même sphère: d'un côté la spiritualité, de l'autre un élu qui fait des vidéos avec des "D'jeunes" pour racler des voix dans un électorat inaccessible. Il y en a d'autres qui font venir des électeurs rampants pour faire croire que les applaudissements sont spontanés.

A propos de gifle et de claque, je pense à Noël Godin qui lui lançait des tartres à la crème. C'était beaucoup plus amusant et plus lourd de sens. Tous les commentateurs ont dit et écrit que gifler le président c'était gifler la France mais pas un seul a émis la possibilité que c'était la France qui avait giflé le président. Quand on a pour métier de commenter, il faut évoquer toutes les possibilités. Tout dire pour tout guérir.

Avis de Macon sur Mbappé:

-"C'est un jeune homme qui force l'admiration de millions de gamins. Il a d'immenses qualités. Quand on le voit sur le terrain, on comprend qu'il voit des choses que les autres ne voient pas. À l'imagine d'un Michel Platini et Zinédine Zidane. En plus de ça, c'est une belle personne, très mûr pour son âge, élevé par ses parents dans des valeurs de respect et de collégialité. Il tient à la France. Je l'ai remercié pour son rôle d'ambassadeur quant à a la campagne de vaccination pour les jeunes.»

Encore du bla-bla sur les français d'origine étrangère: Mbappé, Platini et Zidane. Il aurait pu rajouter Diagne, Ben Barek et Kopa, mais il ne faut pas trop en demander. Pourquoi ne prendre en exemple que les footballeurs ? Il y a plein de médecins, de maçons, d'éboueurs issus d'ailleurs qui sont tous remarquables, et peut-être parfois plus Français que des Français de souche lointaine. Macron prend comme références des millionnaires: Mbappé gagne 1, 9 M€ par mois au PSG où il réclame à présent autant que Neymar (3 M€ par mois) parce que désormais Mbappé est plus performant que le Brésilien intermittent du spectacle que d'aucuns osent comparer à Pelé. Quant à Benzema c'est quelqu'un qui a un avion personnel ! On n'a donc rien à voir avec le train de vie des footballeurs qui ne sont pas des repères pour monsieur-tout-le-monde. Je ne rêve pas de gagner des millions d 'euros par mois ni d'avoir un avion supersonique.

En 2002 quand la France a pris un bouillon à la Coupe du monde, on n'a pas vu un seul politicien consoler les joueurs, tous égarés par le succès de 1998. Ils étaient meilleurs dans les spots de publicité que sur le terrain. En 2021, on sent les joueurs français très confiants. Trop confiants ? Ils devront être très bons contre les Allemands, la Hongrie et le Portugal, groupe de la mort. Pourquoi Benzema est titulaire à la place de Giroud champion du monde en titre? Imaginons Benzema écarté par un come back de Giroud... cela ferait couler beaucoup d'encre chez les Bobos. La question se pose après les deux matchs amicaux du Madrilène où il a manqué un penalty puis s'est blessé avant que Giroud ne marque un doublé. Il est évident que ses partenaires vont vouloir qu'il marque pour justifier son retour. On a déjà entendu Giroud se plaindre de n'être pas assez servi, ayant remarqué que Mbappé misait plus sur Benzema que sur lui. Attention que Benzema ne paralyse pas le jeu d'attaque des Français. Pour l'instant, il n'a plus aucun automatisme, alors que les autres joueurs ont l'habitude de jouer ensemble. La pression est énorme sur les épaules Benzema que beaucoup de médisants jugent sur son physique comme on disait que Marcel Aymé n'était pas sympathique parce qu'il ne souriait jamais. L'attente de son but est devenu plus importante qu'une victoire de l'EDF. L'unité du groupe est donc en péril, et c'est bizarre de la part de Deschamps qui veille d'habitude au contraire. Il y aussi le cas de Griezmann qui sourit tout le temps comme le faisait Claude Rich. Un sourire en forme de bouclier. Il rit mais c'est un "tueur". Le joueur découvert à Mâcon par Jean Belver- ex capitaine du grand OGCNice qui fit le doublé en 1952- sait qu'il est devenu star du fait de l'absence de Benzema. De Macron à Mâcon, il n'y a qu'un pas... "Grizou" du Barça ne va pas revenir dans l'ombre pour faire plaisir au Madrilène. Quant à Giroud, il veut devenir le meilleur buteur français de tous les temps. La balle est dans le camp de Benzema. Il va devoir être très fort: ne pas pourrir l'ambiance à force de maintenir Giroud sur le banc, prouver qu'il ne casse pas le jeu offensif de l'EDF, marquer pour démontrer que son retour n'était pas qu'une affaire politique... Où est le plaisir de jouer là-dedans ? Benzema joue gros.