Marie Lebey (Les Marquises) réunit Paul Gauguin et Jacques Brel
- bernardmorlino
- 3 oct. 2025
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Alors que « la moraline » ambiante veut faire passer Paul Gauguin (1848-1903) pour un pédophile, et Jacques Brel (1929-1978) pour un macho, Marie Lebey, elle, les a transformés en héros de roman afin de contrer les médisances qui les font passer pour «des mécréants qui se moquaient des hommes d’église alors que la quête de Dieu hantait leur travail ». La quête d’absolu chez eux passait par la beauté picturale et la formule verbale qui fait mouche. Dans Les Marquises, on sympathise avec une grand-mère belge qui conseille à son petit-fils d’aller au cimetière du Calvaire d’Atuona pour se recueillir sur la tombe des deux créateurs de haut parage, comme d’autres vont à Saint-Barth car ils ne peuvent plus applaudir Johnny Hallyday au SDF qui déclara : « Heureusement que Jacques n’a pas chanté officiellement du rock sinon j’aurais été au chômage ». Dès qu’elle entend chanter Brel « Les Marquises », Moïra Van der Plassen se met à pleurer. Ne pouvant plus se déplacer, elle offre un voyage initiateur à Orso pour qu’il arrête de mettre sur WhatsApp le MacDo qu’il est en train de baffrer. De Brel, elle connaissait tout, se réjouissant que l’ancien écolier signait de la patte de son chat le carnet de notes.
Avec son ton primesautier, on pourrait la considérer comme une François Sagan du XXIe siècle mais sa poésie de fausse Marie-Chantal rapproche la romancière plus de Louise de Vilmorin. C’est-à-dire un écrivain, et pas une écrivaine. La littérature n’a pas de sexe déterminé. Il est question d’âme. Dames y comprises. En marge de tout ce qui se fait, Marie Lebey n’a pas pensé à #metoo ni aux réseaux sociaux quand elle a pris pour compagnons de doute… Brel et Gauguin actuellement au purgatoire de la bien-pensance. Le chanteur qui conservait sa femme officielle en Belgique et ses amours ailleurs n’a plus bonne presse. Il a désormais l’étiquette du misogyne à gros sabots, lui l’homme couvert de femmes. Père de filles en plus. Il était tellement entier qu’il pouvait se fâcher avec l’une d’entre elles si celle-ci pensait trop à sa mère quand son père en aimait une autre. Quant à Gauguin c’est pire ! Ses tableaux sont vilipendés par les féministes parce qu’il plaqua sa femme et leur marmaille pour se la couler douce avec des vahinés. Ceux qui lui reprochaient d’aimer les jeunes filles lui reprochent aussi d’avoir répandu la syphilis. Ses attaques proviennent de gens qui oublient que dans les années 1990, un acteur fit sciemment de même avec un autre fléau, avec la compréhension des bobos de l’époque. Avec ce genre de pensée : s’il était condamné, pourquoi les autres ne le seraient-ils pas ? Face au temps qui passe, tout le monde a disparu sauf les toiles qui défient la mort. Et les chansons aussi même si c’est silence radio sur la bande FM. Marie Lebey nous permet de nous remémorer ce mot extra-lucide de Gauguin : « Il n’y a pas de femmes nues, il n’y a que des femmes déshabillées ». Paroles de maestro pictural qui a longuement médité sur ses modèles. Gauguin et Brel ? Il était impossible qu'ils se rencontrent. Sauf dans un livre. Ils ont tant de choses à se dire. A commencer par refaire le monde: avec des mots et de la couleur.
Les Marquises, Marie Lebey. Editions du Rocher, 216 p., 19, 90 €



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