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Mort du fabubeux attaquant Salif Keita (1946-2023)


Les feintes de corps de Salif Keita *

Puissant et fin technicien, le Ballon d’or africain 1970 a marqué son temps par son football de champion de très grande classe.

Marseille 2-3 Saint Etienne. Championnat de France 1969-1970. 5e journée. Mercredi 27 août 1969. Vélodrome. Spectateurs : 44 813. Arbitre : Roger Machin. Buts pour Marseille : Charly Loubet (37e, 48e). Buts pour Saint-Etienne : Salif Keita (40e, 50e), Jean-Michel Larqué (43e) Marseille : Jean-Paul Escale- Jean-Pierre Lopez, Jean-Louis Hodoul, Jules Zwunka, Jean Djorkaeff ©- Jacky Novi, Roland Merschel, Joseph Bonnel- Roger Magnusson, Joseph, Charly Loubet. Entraîneur : Mario Zatelli. Saint-Etienne : Georges Carnus-Georges Polny, Roland Mitoraj, Bernard Bosquier ©, Francis Camérini- José Broissart, Aimé Jacquet- Jean-Michel Larqué, Georges Bereta, Hervé Revelli, Salif Keita. Entraîneur : Albert Batteux.


Saint-Etienne 3-0 Bayern Munich. Coupe d’Europe des Clubs champions. 16e de finale, retour. Mercredi 1er octobre 1969. Stade Geoffroy-Guichard. Spectateurs : 33 716. Arbitre : Jozef Krnavek (Tchécoslovaquie) Buts pour Saint-Etienne : Hervé Revelli (2e, 59e), S. Keita (81e) Saint-Etienne : G. Carnus- Vladimir Durkovic, R. Mitoraj, B. Bosquier, F.Camerini- J.Broissart, Robert Herbin © -Spasoje Samardzic, H.Revelli, S.Keita, G.Bereta. Entraîneur : A. Batteux. Bayern Munich : Sepp Maier- Herwart Koppenhoffer, Franz BeckenBauer ©, Georg Schwarzenbeck, Peter Pumm- Rainer Ohlhauser, Franz Roth, Helmut Schmid- Gunther Michl, Gerd Müller, Dieter Brenninger. Entraîneur : Branko Zebec.


Saint-Etienne 8-0 Sedan. Division 1, 35e journée. Vendredi 4 juin 1971. Stade Geoffroy-Guichard. Spectateurs : 11 610. Arbitre : Robert Frauciel. Buts pour Saint-Etienne : Salif Keita (21e, 26e, 44e, 58e, 76e,80e), Robert Herbin (70e), Christian Sarramagna (89e) Saint-Etienne : Gérard Migeon- J. Broisssart, R. Herbin ©, F. Camérini, Gérard Farison- G . Bereta (C.Sarramagna, 73e), J-M Larqué- Patrick Parison, S. Keita, H. Revelli. Entraîneur : A. Batteux. Sedan : Pierre Tordo ©- Marc Rastoll (Claude Pierron, 55e), Jean-Luc Fugaldi, Gérald Zamojski, Synakowski Maryan- Jean-Claude Médot, Michel Cardoni - Mohamed Salem, Roger Wicke, Jacky Le Bihan, Serge Dellamore. Entraîneur : Louis Dugauguez


Marseille 3-1 Saint Etienne. Championnat de France 1972-1973. 15e journée. Dimanche 19 novembre 1972. Vélodrome. Spectateurs ; 43 870. Arbitre : Robert Frauciel. Buts pour Marseille : S. Keita (22e, 84e), J. Novi ( 31e). But pour Saint-Etienne : Hervé Revelli (40e). Marseille : Georges Carnus- Jules Zwunka ©, Bernard Bosquier, Marius Trésor, Edouard Kula- Jacky Novi, Joseph Bonnel, Gilbert Gress- Salif Keita, Josip Skoblar, Daniel Leclerc. Entraîneur : Kurt Linder. Saint-Etienne : Yvan Curkovic- Pierre Repellini, Oswaldo Piazza, Christian Lopez, G. Farison- Jacques Santini, Sanlaville, Broissard, J-M Larqué- G. Bereta ©, H. Revelli. Entraîneur : R. Herbin


Si Salif Keita signa à Saint-Etienne ce n’est pas grâce au siège d’un impresario qui a voulu ramasser un magot sur le dos d’un virtuose alors inconnu en Europe mais déjà très aimé au Mali où il jouait à l’AS Real Bamako qui faisait des tournées à l’étranger, y compris en Chine. Résident dans la capitale malienne, un connaisseur de football, Charles Dagher, écrit plusieurs lettres aux dirigeants de Saint-Etienne dont il est un grand supporter. A force de recevoir les missives qui rapportent les performances de Salif Keita, le président Roger Rocher mandate Pierre Garonnaire (1916-1998) pour voir le joueur à l’œuvre. Quand le jeune homme de presque 21 ans atterrit à l’aéroport d’Orly, jeudi 14 septembre 1967, il sait qu’il n’y verra pas le recruteur de Saint-Etienne car à cause du mauvais temps l’avion n’est pas arrivé au Bourget comme prévu. N’ayant pas d’argent sur lui, Keita sait que personne ne pourra l’aider. Comme il a choisi de prendre un taxi pour la course Orly-Saint Etienne, d’aucuns l’ont fait passer pour un béotien alors que l’érudit, qui poursuivra ses études de Droit, savait que le Forez n’était pas à la porte à côté. Arrivé à Saint-Etienne, «l’oiseau rare» séduit tout le monde par son intelligence, sa gentillesse et son aisance balle au pied. Pour faciliter son intégration, Hervé Revelli lui cède volontiers sa place d’avant-centre, pour émigrer à l’aile droite. Très difficile à marquer, Keita avait une bonne technique qu’il a encore amélioré à Saint-Etienne par une condition physique renforcée. Il lui arrivait de danser, tel un balancier, devant un adversaire médusé, pour brouiller les cartes avant de choisir un côté pour partir, mélange de Mohamed Ali et de Garrincha. Petit à petit, il gomma ce stratagème pour jouer plus simple, évitant les critiques qui l’accusaient de provocations quand il ne faisait que s’amuser. Saint-Etienne n’eut qu’à se féliciter de sa recrue qui lors entre 1967 et 1972 à gagner trois championnats (1968, 1969 et 1970) plus deux Coupes de France (1968 et 1970). Chaque saison, il engrangeait les buts en D1 : 12 (1968), 21 (1969), 21 (1970) 42 (1971) et 29 (1972).

Dans un match attendu, mercredi 27 août 1969, Keita fit basculer la rencontre en faveur des Verts au cœur du Vélodrome en feu qui voyait encore le sort être défavorable à l’OM: les fans marseillais, heureux tout de même de la victoire à la Coupe de France 1969, attendaient un titre de champion de France, depuis 1948,. A la 50e minute, Keita leur fit comprendre que les Verts seraient encore champions de France pour la quatrième fois de suite. Il venait de remporter le duel entre lui et le buteur camerounais Joseph puisque c’est Charly Loubet qui s’illustra d’un doublé. Le match de la 5e journée fut arrêté à la 75e minute, suite à l’envahissement du terrain quand l’arbitre refusa l’égalisation marseillaise, par « Tchouki » Djorkaeff. Le Vélodrome était plein à ras bord, des milliers de personnes sans billet avaient forcé les portes pour s’installer sur la piste cyclable. Le gain du duel fut attribué à Saint-Etienne alors que les deux clubs étaient invaincus en D1. Keita était en pleine forme au début de sa troisième saison chez les Verts. Mercredi 1er octobre 1969, Saint-Etienne jouait sa survie en Coupe d’Europe après sa défaite 2-0 à Munich. Le match démarra le mieux possible par un but de Revelli, isolé au premier poteau, grâce à une déviation de la tête d’Herbin après un corner tiré par Samardzic. Le gardien bavarois contient la furia verte pendant près d’une heure jusqu’au second but de Revelli qui bat de la tête Maier, héroïque en d’autres occasions. Sur un tir de Smardzic, Maier dévia en corner ; Bereta le tira au niveau de Keita qui envoya de la tête le ballon dans la cage hors de portée du gardien bavarois pour le 3-2 synonyme de qualification mais après cet exploit, les Stéphanois ne dépassèrent pas les 8e de finale, éliminés par Legia de Varsovie. Outre le titre de D1 1970, les Verts (56 pts)- 11 points d’avance sur Marseille (2e, 45 pts)- remportent la Coupe de France, 5-0 contre Nantes. En 1970-1971, Keita fut de plus en plus une terreur pour les défenses : le 4 juin 1971, il marque 6 buts contre Sedan, et le 19 juin, il en réussit quatre face à Ajaccio, exactement comme il fit contre Bastia, le 24 mars. Avec ses longues jambes et son centre de gravité très haut, Keita n’en était pas moins d’une élégance saisissante. Après son premier doublé en 1972, coupe et championnat, Marseille avait changé de président- René Gallian prit la place de Marcel Leclerc emmêlé dans un imbroglio financier- mais pas ses grands objectifs puisqu’à l’intersaison Salif Keita passa à l’ennemi, sur fond de brouille économique avec la direction des Verts. Réunir les deux meilleurs de la saison 1970-1971 Skoblar (44 buts) - soulier d’or européen- et Keita (42)- soulier d’argent- sous le maillot de l’OM faisait rêver tous les amateurs de football. Le 19 novembre 1972, plus de 43 000 « fadas» de l’OM voulait voir Salif Keita, sous le maillot de Marseille, affronter ses anciens partenaires stéphanois. Le suspense fut de courte durée. Keita n’eut pas besoin de cinquante occasions pour ouvrir son compteur de buts dans le match qu’il disputa avec l’aisance de ceux qui savent de quoi ils sont capables. Keita avait la classe innée qui lui collait au corps. Il réussit un doublé et permit, de la tête, à Marseille de battre enfin Saint-Etienne, ce qui n’était plus arrivé depuis le 2-1 du mercredi 19 juin 1968. Il a suffi que Keita change de club pour que le score bascule à l’avantage des méridionaux. Finalement, comme l’attaque de l’OM avait deux stars, il y en avait une de trop et Keita partit à Valence, en Espagne. Sous le maillot de Saint-Etienne, le fut sacré premier Ballon d’or africain (1970). Il y a ceux qui ont vu jouer Keita, et les autres.


*Extrait de mon album: 100 matchs de football légendaires. De 1872 à nos jours. (Gründ)

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